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Tableau comparatif des intentions et interprétations des parties prenantes


• Sensibiliser via les clichés Notre étude porte sur les trois images utilisées pour la campagne de prévention contre les dangers sur internet, ces images sont produites par l’agence publicitaire Rosapark et diffusées pour l’association Innocence en Danger. Afin de comprendre qu’elles étaient les intentions de départ et le public ciblé pour la campagne, nous avons souhaité rencontrer l’association, puis l’agence de production. Par la suite, nous avons organisé un entretien auprès de sept collégiens de la 6ème à la 4ème afin de comprendre la portée de la campagne et de vérifier sa cohérence globale.

La campagne se compose de trois affiches où figurent trois personnages distincts, ces dernièrs s’apparentent aux clichés du prédateur sexuel qui agit sur les chats internet et réseaux sociaux. La particularité de ces hommes réside dans le fait que certains des attributs physiques insérés dans l’image font référence à des émoticônes.

L’objectif de l’association était de pouvoir à la fois sensibiliser les parents pour qu’ils surveillent l’activité de leurs enfants sur internet et d’informer sur les risques potentiels liés aux rencontres virtuelles. Une des cibles principales pour la campagne est l’enfant naïf et innocent qui peut être amené à se laisser tromper par un adulte. Pour y parvenir, l’agence Rosapark a souhaité collaborer avec l’association et a proposé une campagne publicitaire aux codes visuels explicites et populaires. Il était en effet question pour celle-ci de trouver des expressions de visages surprenantes tout en détournant le principe même de l’émoticône. En induisant une référence perverse et presque choquante à un élément visuel schématique et habituellement humoristique, Rosapark marque les esprits et capte l’intérêt les récepteurs de cette campagne. Les émoticônes deviennent un outil de communication très efficace pour provoquer une réaction positive ou négative auprès des parents, mais aussi pour interpeller et attirer l’attention des jeunes.

• Humaniser l'invisible Les trois images fonctionnent séparément et se composent d’une émoticône « humanisée » placée au centre du visuel et d’un slogan situé dans la partie haute, dans une bulle de bande dessinée. Le fond de couleur gris ou brun a un effet de neutralité, ainsi il ne permet pas de contextualiser la scène. A l’image des smileys si répandus sur internet aujourd’hui, on retrouve sur ces émoticônes des expressions communes, telles que la langue pendue et le clin d’œil, le cœur, ou le sourire et les larmes. Lors de l’entretien collectif (focus group) effectué auprès des adolescents, la consigne était tout d’abord d’observer les visuels de la campagne - c’est-à-dire les trois versions des émoticônes « humanisées » en même temps - puis d’écrire quelques phrases descriptives de la forme, et du sens, ou simplement sur ce qu’ils ressentaient. Il s’est avéré que les atouts rassurants et amicaux des personnages induisaient néanmoins un sentiment de peur et de dégoût. L’émoticône, créée au départ pour attirer l’attention et rendre la campagne légère et amusante, sembla plutôt déranger les adolescents qui l'ont parfois trouvé “laids” et “bizarres”. La laideur de l’homme chauve ou le côté “dangereux” de l’homme en costume, renvoient pour eux à la malveillance. Le message destiné aux parents est puissant et éloquent car les personnages semblent vraiment pervers et inquiétants. L’utilisation des smileys et de leur double- interprétation provoque dans un premier temps, chez les collégiens, une envie de “dépasser l’affiche” sans la regarder, tant le message transmis par l’émoticône semble complexe à comprendre. Dans un second temps, le caractère “drôle” de celle-ci émerge mais laisse rapidement place à un sentiment de peur lié aux visages difformes et dérangeants.

L’association Innocence en Danger décrit les trois personnages comme des stéréotypes du prédateur sexuel dans la société et évoque un “contentieux de masse” :

« Le premier est chauve et semble appartenir à un milieu modeste, le deuxième est jeune, normal mais également séducteur et le troisième est habillé en costard, représentatif de la classe aisée. Ces images bouleversent car elles amènent à interroger les clichés des pervers sexuels, présents dans toutes les classes sociales. »

• Le choix du slogan La question du slogan fut un sujet de débat entre les collégiens qui ont constaté à l’unanimité que la phrase d’accroche : Savez-vous qui se cache derrière cet ami qui vous parle ? était peu visible. Ces derniers n’ont par conséquent pas compris immédiatement la signification du visuel et de la campagne . Comme nous l’avons précédemment mentionné dans cette analyse, ils n’ont, pour la plupart, pas lu le slogan : certains ne l’ont pas remarqué, d’autres se sont uniquement concentrés sur les émoticônes. En revanche, nous avons constaté qu’une fois le slogan lu, le message devenait plus clair et plus sérieux. Le contraste entre les aspects sérieux et humoristique de la campagne a donc été bien perçu, ce qui était l’objectif pour les concepteurs. Il a par ailleurs été mentionné par les adolescents que la bulle n’était pas suffisamment mise en évidence et que les textes, trop petits, n’incitaient pas à la lecture. Ils ont également suggéré de mettre plus de couleurs pour le texte et dans la bulle, ce qui conduit à se questionner sur l’équilibre visuel entre le texte et l’image ainsi que sur le ton de l’affiche.

Pour conclure, cette étude inspire une réflexion très intéressante auprès des adolescents. Ces derniers se sentent très concernés et très motivés pour en pointer les aspects positifs et négatifs, mais aussi pour réfléchir à de nouveaux éléments qui pourraient améliorer la campagne. L’étude encourage les collégiens - au delà de leurs propre impression – à identifier les dangers sur internet et les réactions qu’une telle situation engendre.